La relance par la tractopelle

Aujourd’hui, Le Havre ressemble à sa réputation : tranchées, routes défoncées, balisages et déviations, marteaux piqueurs et pelleteuse, bruits et poussières. Pas un seul recoin épargné. Le Havre, ville en reconstruction. Pour toujours !
Mais disons-le : le tramway n’est bien qu’un prétexte – certifié Grenello-compatible – pour faire des travaux, pleins de travaux, n’importe quels travaux, pourvu qu’il y ait des travaux. Pourquoi tant de travaux ? Pour la croissance, pardi ! Nicolas l’a dit : ils iront chercher la croissance avec les dents. Et niveau dentition, c’est encore le tractopelle le mieux fourni.

Partout dans la ville fleurissent (sic) bulldozers, grues et mini-pelles. A l’entrée de la ville, au grand stade, le long du parcours du futur tramway, et même dans des quartiers a priori épargnés par ces projets. Bien plus qu’un effet d’aubaine (“profitons-en pour tout refaire en une fois”) c’est un véritable écran de fumée que dresse la mairie, la CODAH (Communauté de l’agglomération havraise) et leurs amis de l’oligarchie gouvernementale.

Le Grenelle de l’environnement l’impose : 1 500 km de lignes de tramway doivent être construites hors Île-de-France. Quoi de plus normal que Le Havre, dirigé par les grands amis du président Sarkozy, futur Grand-Paris-sur-Mer, paie son tribut à la relance de la croissance.

La relance par les grands travaux est un classique. Il y a même aujourd’hui un ministre en charge de la mise en œuvre du plan de relance. La logique est simple : quand le bâtiment va, tout va. Plus il y aura de travaux, plus il y aura de travail. Seulement voilà : l’époque est au vert. Refaire les routes, c’est bon pour le PIB, mais c’est mauvais pour l’image.

Alors qu’un tramway, ça c’est vert. Et puis, c’est à la mode. Ça nous obligera à faire des travaux, pleins de travaux, n’importe quels travaux. Alors, on sort le pinceau et on repeint nos villes en vert.
Au-delà de l’aspect politique du projet (pseudo-concertation sur le tracé…), son inscription dans les réalisations du Grenelle de l’environnement le place automatiquement sur le terrain de l’idéologie : illusion du développement durable et de la croissance verte. A ce titre, il n’est pas anodin que même le futur Grand Stade, temple de la consommation sportive, ce symbole de la compétition qui fonde notre société, cet outil au service de la croissance, soit labellisé énergie positive : tout ça c’est pour notre bien, pour le bien de la planète, et pour le bien de l’économie du pays.


Dessin créé et offert par Sirou pour l’occasion

La croissance est de toute façon le remède miracle aux maux de notre société. Ça fait quarante ans qu’on vous le dit : toujours plus de croissance, c’est toujours plus de bonheur, de travail, de santé, d’argent, etc. A droite, on l’invoque comme une déesse païenne. Dans la gauche productiviste, on vous dit qu’il suffit de mieux redistribuer ses fruits, mais que pour ça il en faut toujours davantage.
Or, faire des trous, les reboucher, puis les recreuser à mesure que les chantiers avancent, c’est plus qu’un sport national, c’est surtout un excellent vecteur de croissance, une croissance artificielle certes, mais qui justifie en soi une politique que n’auraient pas renié les Shadoks. Eux pompaient, nous, nous creusons.

Le tramway à lui seul n’aurait pas suffi à faire bondir la croissance, mais il est la caution verte bienvenue de cette recherche éperdue de croissance.

La croissance, nous le redisons, n’est ni possible à l’infini, ni même souhaitable. La croissance, aussi verte soit-elle, ne permettra jamais de redonner du sens à notre quotidien, de recréer du lien.

 

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